Une crise profonde secoue la Poste de Côte d’Ivoire depuis plus de six mois. Un conflit ouvert entre le ministre de tutelle administrative et technique et le directeur général de l’entreprise, Zéhi Sébastien Gbalé. Le ministre des Ntic, Hamed Bakayoko a tenté d’installer un nouveau directeur général le jeudi 1er mars dernier. Malgré la « descente musclée » du ministre, M. Degna Jean Michel n’a pu succéder à Zéhi qui demeure toujours à son poste. La décision de Cour suprême attendue pour le 5 mars 2007 n’est pas non plus tombée. La décision de la cour de cassation dans l’affaire qui oppose l’administration au DG Zéhi a été renvoyée au 26 mars prochain. Pendant ce temps, de nombreux agents, se réclamant membres du Syndicat national des secteurs de la poste et des télécommunications (Synapostel) refusent de reprendre le travail. Le bras de fer entre le Synapostel et la direction générale constitue l’élément majeur qui paralyse actuellement les activités de la Poste de Côte d’Ivoire. Malheureusement, dans ce conflit, le ministre Hamed Bakayoko semble prendre fait et cause pour le synapostel, à en croire sa dernière sortie. Aussi a-t-il indiqué : «Tant que je suis ministre, Zéhi ne sera pas DG de la poste». Au-delà de toute forme de spéculations, le duel Hamed-Zéhi comprend des dessous qu’il convient de relever pour un tant soit peu éclairer les lanternes.
De l’organisation de l’UPU 2003 au changement de tutelle La Côte d’Ivoire avait été éligible à organiser le congrès mondial de l’Union postale universelle (UPU) en 2003. Ce grand événement qui devrait réunir en terre ivoirienne des milliers de postiers à travers le monde n’a pu avoir lieu à cause du conflit militaro-civil du 19 septembre 2002. Finalement, la Côte d’Ivoire a perdu l’organisation qui devrait générer de nombreuses retombées économiques. A cette époque, le ministère des Infrastructures économiques en tant que tutelle administrative et technique de la Poste pilotait le projet. Des indiscrétions font état de ce que le ministre Achi et M. Zéhi ne se seraient pas bien entendus sur la forme de l’organisation ; sans doute, chacun de son côté voulait en tirer le maximum de profit. Plus tard, une complicité bien ficelée, dit-on, entre Hamed Bakayoko et Zéhi a tourné à l’avantage de Hamed. Le ministre des Ntic aurait utilisé Zéhi pour bénéficier désormais de la tutelle administrative et technique de la Poste de Côte d’Ivoire. Avec la bénédiction des administrateurs d’alors, la Poste est revenue au ministre Hamed Bakayoko des Ntic. Un pacte venait ainsi d’être signé entre Hamed et Zéhi.
Du premier limogeage de Zéhi En 2002, le conseil d’administration de la Poste prenant pour prétexte les résultats d’un audit interne avait limogé Zéhi et a installé son adjoint d’alors, Jean Baptiste Amichia comme DG intérimaire. Zéhi a intenté une action en justice qui le réinstallera quelques jours plus tard. Pendant cette crise, Zéhi, selon des sources proches de Hamed Bakayoko aurait bénéficié du soutien ‘’total’’ de sa tutelle technique. Ce qui aurait, en plus de la voie judiciaire choisie, facilité la réinstallation de Zéhi. Car, dit-on, Hamed aurait vite compris que Amichia est le filleul de Achi Patrick. Qu’est-ce qui a pu donc briser le tandem Hamed-Zéhi pour en faire, aujourd’hui un duel ?
L’argent, le nœud du problème A la faveur de la guerre et suite aux accord de Linas Marcoussis, les porte-feuille ministériels ont été partagés, soit en fonction des belligérants soit en fonction de partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. D’une manière indirecte, chaque département ministériel gérait à sa guise les structures sous tutelle, ce qui a engendré la guerre de nomination des directeurs généraux. Le directeur général était de facto assujetti à son ministre de tutelle. Ainsi, chaque DG devrait répondre aux sollicitations de son ministre, qui devient du coup le grand patron. C’est ce scénario, dit-on, qui aurait mal tourné à la Poste et qui susciterait encore le courroux de Hamed contre Zéhi. l’argent serait donc à l’origine du désamour entre Hamed et Zéhi. Zéhi tenu par des obligations de résultats, depuis sa nomination, le 21 septembre 2001 a décidé de restructurer la Poste de Côte d’Ivoire en ayant pour credo ‘’à chaque année, son défi’’. Zéhi a entre autres procédé à la rénovation des bâtiments, à la relance du timbre poste, à la modernisation du système et à l’informatisation du réseau. Sous l’ère Zéhi, des produits tels que mandat express, machine à franchir, le poste plus, le publipostage ont pu renforcer les caisses de l’Etat. Malgré ces résultats réluisants, il est reproché à Zéhi ses accointances avec la première dame Simone Gbagbo. Ce qui fait dire à plusieurs personnes que Zéhi finance les activités de la première dame. Une autre pierre d’achoppement entre Hamed et Zéhi. Dans ce cas d’espèce, la politique s’est invitée dans le tandem Hamed-Zéhi. Dès lors, il est aussi né un esprit de méfiance entre les deux ‘’Potes’’. Ainsi, les ambitions politiques de Hamed ne lui permettent pas de demander et de recevoir facilement de l’argent de Zéhi. De son côté, Zéhi ne serait pas prêt à ‘’céder à un eventuel chantage’’ de sa tutelle. C’est ainsi qu’avec Kan Omer qui a géré l’après suspension de Zéhi, Hamed a pu selon des indiscrétions bénéficier de cachet pour avoir lu le message du gouvernement à la veille de la journée nationale des télécommunications.
De la guerre des serrures La dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase est sans doute la descente musclée de Hamed Bakayoko le jeudi 1er mars 2007. Ce jours là, la mise à exécution de la nomination d’un DG intérimaire s’est opérée avec une furie telle que les serrures et les portes des bureaux du 16e étage ont volé en éclat. Ce jour-là, le ministre voulait en découdre avec Zéhi qui, selon Hamed ‘’défiait la République’’. Malheureusement, la vive répression préconisée par le ministre a été mal perçue. Cette attitude du ministre qui rime avec un problème de personne constitue pour plusieurs observateurs le couronnement du duel entre Hamed et Zéhi causé par les motifs ci-dessus évoqués. Badou Atta K. |